Après la pluie

Moments parfumés

Bon nombre de mes souvenirs olfactifs sont liés à la pluie, et particulièrement aux pluies d’été. Chaudes et libératrices, elles ont une odeur incomparable.

L’été, la pluie sait se faire attendre. Elle plane au dessus de nos têtes, prend son temps, cherche le moment de la journée le plus opportun; celui où les arbres et les plantes, gorgés de soleil, ne demandent qu’à se délivrer de toutes leurs senteurs.

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L’été, la pluie vient rarement seule. Elle arrive, accompagnée de percussions de tonnerre, et d’un xylophone de clapotis. Son orchestre entame une douce mélodie, à fines gouttes, et soudain c’est l’orage. Dans un son de tambours éclatant, la pluie se déverse, se répand.

Dans les champs, les bois, les jardins, c’est l’apothéose. les arbres, ployant sous la chaleur, se réveillent. D’un bruissement, ils propagent la nouvelle aux feuilles et aux fleurs qui sommeillent. La pluie arrive; tous se tournent vers le ciel.

L’été, la pluie compose son propre parfum. Menthe sauvage, genêt, chèvrefeuille, les odeurs fusent, plus vives les unes que les autres. Elles gagnent en puissance au fur et à mesure que l’eau ruisselle.

C’est un joyeux ballet qui se danse parmi les plantes; les pétales virevoltent, les gouttes bondissent, éclairés ça et là par les flash des éclairs.

Soudain, la pluie s’arrête. L’orchestre remballe ses instruments et s’en va, emportant avec lui les nuages menaçants. Les danseurs se saluent et regagnent leurs loges.

C’est dans cette ambiance apaisée qu’arrive le pétrichor. Cette odeur indescriptible de terre mouillée, à la fois verte et épicée, prend place, s’étoffe, réchauffée par le soleil qui revient doucement.

Dans cette lumière d’été, la pluie s’en est allée, laissant derrière elle ce sillage parfumé.

Pluie

Ce nuage est bien noir : – sur le ciel il se roule,
Comme sur les galets de la côte une houle.
L’ouragan l’éperonne, il s’avance à grands pas.
– A le voir ainsi fait, on dirait, n’est-ce pas ?
Un beau cheval arabe, à la crinière brune,
Qui court et fait voler les sables de la dune.
Je crois qu’il va pleuvoir : – la bise ouvre ses flancs,
Et par la déchirure il sort des éclairs blancs.
Rentrons. – Au bord des toits la frêle girouette
D’une minute à l’autre en grinçant pirouette,
Le martinet, sentant l’orage, près du sol
Afin de l’éviter rabat son léger vol ;
– Des arbres du jardin les cimes tremblent toutes.
La pluie ! – Oh ! voyez donc comme les larges gouttes
Glissent de feuille en feuille et passent à travers
La tonnelle fleurie et les frais arceaux verts !
Des marches du perron en longues cascatelles,
Voyez comme l’eau tombe, et de blanches dentelles
Borde les frontons gris ! – Dans les chemins sablés,
Les ruisseaux en torrents subitement gonflés
Avec leurs flots boueux mêlés de coquillages
Entraînent sans pitié les fleurs et les feuillages ;
Tout est perdu : – Jasmins aux pétales nacrés,
Belles-de-nuit fuyant l’astre aux rayons dorés,
Volubilis chargés de cloches et de vrilles,
Roses de tous pays et de toutes famines,
Douces filles de Juin, frais et riant trésor !
La mouche que l’orage arrête en son essor,
Le faucheux aux longs pieds et la fourmi se noient
Dans cet autre océan dont les vagues tournoient.
– Que faire de soi-même et du temps, quand il pleut
Comme pour un nouveau déluge, et qu’on ne peut
Aller voir ses amis et qu’il faut qu’on demeure ?
Les uns prennent un livre en main afin que l’heure
Hâte son pas boiteux, et dans l’éternité
Plonge sans peser trop sur leur oisiveté ;
Les autres gravement font de la politique,
Sur l’ouvrage du jour exercent leur critique ;
Ceux-ci causent entre eux de chiens et de chevaux,
De femmes à la mode et d’opéras nouveaux ;
Ceux-là du coin de l’oeil se mirent dans la glace,
Débitent des fadeurs, des bons mots à la glace,
Ou, du binocle armés, regardent un tableau.
– Moi, j’écoute le son de l’eau tombant dans l’eau
Théophile Gautier

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