La Perte

Moments parfumés

La perte, elle sent le papier et la fleur d’oranger.

Aujourd’hui, nous sommes le 13 Février. Ce jour a commencé comme tous les autres et s’achèvera exactement comme le précédent. Mais aujourd’hui, nous sommes le 13 Février. Et aujourd’hui, comme depuis huit ans, il me manque quelqu’un.

La perte. C’est un sentiment étrange et inconstant.

Nous avons chacun notre manière de la vivre, certains y arrivent mieux que d’autres. Faut-il se protéger en s’interdisant toute émotion ou au contraire se laisser aller ? Faut il rire, crier ?

La perte. Ce sentiment de déchirement, de cassure. Comment faire face ? La douleur paraît infinie et l’idée de vivre sans un être cher semble inconcevable. Pourtant, il faut tant bien que mal se reconstruire, rassembler ses peines et réapprendre à vivre. Mais quand enfin on y arrive, d’autres sensations font surface.

La culpabilité. Comment est on capable d’avancer en laissant l’autre derrière nous ? Comment peut on progressivement oublier certaines choses ? Une voix, un sourire, une odeur ? Certains souvenirs restent, mais semblent lointains, presque irréels. Étais-je bien présente  en ce jour de mai, parmi les myosotis et les primevères ? Était-il là dans ce jardin ?  Comment en être sûre ?

Les regrets. Lui ai-je suffisamment dit que je l’aimais ? Savait-il que j’étais fière de lui, que chaque instant passé avec lui était une source de joie ?

La perte, elle sent le papier et la fleur d’oranger.

Il y a bien longtemps que tu es parti et pourtant tu es là. Tu vis toujours, à travers moi et à travers toutes les personnes qui t’aiment. Alors il est temps que je sèche mes larmes, et que je continue cette drôle de vie. Je me suis nourrie de tes histoires et abreuvée de tes souvenirs. Jamais je ne t’oublierai, dans ce jardin, au milieu des coccinelles et des capucines.

13/02/1931 -28/01/2008

Le petit homme qui chantait sans cesse
le petit homme qui dansait dans ma tête
le petit homme de la jeunesse
a cassé son lacet de soulier
et toutes les baraques de la fête
tout d’un coup se sont écroulées
et dans le silence de cette fête
dans le désert de cette fête
j’ai entendu ta voix heureuse
ta voix déchirée et fragile
enfantine et désolée
venant de loin et qui m’appelait
et j’ai mis ma main sur mon cœur
où remuaient
ensanglantés
les sept éclats de glace de ton rire étoilé.

Jacques Prévert, Le Miroir brisé

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